Souterrains, claustration, jeunes filles adorables et courtement vêtues séquestrées par un tueur psychopathe, surgissement d’un fantastique horrifique derrière des portes qui s’ouvrent en grinçant… l’amateur de films de genre retrouvera dans le dernier long-métrage, Split, de M. Night Shyamalan tous les codes du thriller psychologique et du film d’horreur, films dont la réussite tiennent généralement de celle du personnage du méchant. Et c’est un pari gagné pour le réalisateur, qui a également signé le scénario : le ravisseur, Dennis, alias Barry, alias Patricia, alias Hedwig etc. Crumb, personnage exponentiel qui réunit pas moins vingt-quatre personnalités dans son cerveau de malade atteint de trouble dissociatif, est un personnage de fiction d’emblée indépassable, mais il est aussi, du coup, un personnage aux nuances multiples, dont la fragmentation dit métaphoriquement la fêlure. Face à cette proposition scénaristique hyperbolique, une mise en scène sobre laisse à l’acteur, James MacAvoy, le soin d’incarner les imperceptibles variations physiques qui fondent les différentes personnalités de Crumb, auxquelles il parvient à nous faire croire véritablement, sans que le recours aux effets spéciaux n’apparaissent avant l’ultime identité.

Le suspense, cependant, vient autant de la révélation progressive des identités du psychopathe, que de celle de sa victime. C’est par la jeune Casey Cooke, adolescente solitaire, que nous entrons dans le film et dans l’inquiétude, dès le premier plan, dans un cadrage qui l’isole du groupe et la fait dialoguer par le regard ˗ un regard caméra qui nous interpelle ˗ vers le hors champ. Le dévoilement d’un passé traumatique se fait symétriquement du côté de Casey, par des flash-back nous entraînant dans des parties de chasses de son enfance, et du côté de Crumb, par ses visites chez sa psychiatre, avatar moderne, plein d’humanité et de bienveillance pour ses patients, du vieux professeur fou des romans gothiques. Ces deux trames, on pourrait dire ces deux drames, sont paradoxalement des trouées d’air qui nous sortent du sous-sol, des épisodes lumineux, filmés dans la nature ou dans un appartement bourgeois, photographiés dans des couleurs chaudes. La mise en scène relie donc intimement la victime innocente et le monstre, et c’est là l’originalité indéniable du film. Le souterrain peut donc être lu comme une métaphore de la psyché des deux personnages principaux, comme un cheminement intérieur vers le fantastique et le fantasmatique, qui deviennent les sources de l’épouvante.

Thriller intelligent, le film possède enfin une dimension réflexive, ainsi, même si Shyamalan dit s’être inspiré d’un fait divers réel1 pour créer son personnage, on peut néanmoins interpréter ce dernier comme une ambition de faire la synthèse de la « horde » de ses prédécesseurs de cinéma. Ce n’est donc pas un hasard si l’étude de cas réalisée par la psychiatre devant un amphi se fait par visioconférence : les étudiants ont devant eux un écran, l’image est mise en abyme. C’est d’ailleurs aux côtés de la professeure elle-même que Shyamalan fait une apparition, dans une séquence ironique où la vieille dame tente de décrypter à quelle personnalité de son patient elle à affaire, grâce aux images d’un film de vidéo-surveillance. Et nous ne dirons rien des dernières secondes du film, qui constituent l’ultime clin d’œil de Shyamalan à ses spectateurs.

1En 1977, Billy Milligan défraie la chronique : arrêté pour viol, il est reconnu souffrant de trouble de la personnalité multiple

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