Les affiches nous promettaient un film joyeux et enchanteur, et l’on ne peut que constater l’immense pouvoir de persuasion de la publicité quand on entend que La La Land de Damien Chazelle est un film « qui fait du bien », alors qu’il est en réalité mélancolique, voire pessimiste – et accessoirement ennuyeux !

Après une première séquence chorégraphique audacieuse, chatoyante et dynamisante, rendant hommage à la scène d’ouverture des Demoiselles de Rochefort de Demy, la présentation des personnages n’en finit pas de les enfoncer dans l’échec. Mia veut devenir comédienne, en vain, Sebastian veut ouvrir un club de jazz, ce que tout le monde considère comme has been. Et c’est comme si le film ne commençait jamais.

Les numéros dansés sont décevants, d’autant plus quand les décors ou les costumes lorgnent du côté des comédies musicales d’antan. Non, le temps n’est plus aux musicals, non, les acteurs américains ne sont plus de grands danseurs, même si les comédiens font de leur mieux : les parties chorégraphiées sont peu nombreuses et peu virtuoses – pourtant, dans Avé César des frères Cohen, Channing Tatum réussissait un numéro de claquettes épatant et presque digne de Gene Kelly ! En revanche, on peut reconnaître à la ligne mélodique un pouvoir entêtant, et aux deux acteurs un talent de chanteurs. Ryan Gosling, dandy malgré lui, sert parfaitement le personnage. Emma Stone montre l’étendue de son talent d’actrice – d’ailleurs récompensée par l’Oscar -, même si les gros plans sur son visage larmoyant ne la mettent pas spécialement en valeur, elle dont la fraîcheur et la mutinerie étaient absolument éblouissantes dans L’Homme irrationnel de Woody Allen, notamment.

Après plus d’une heure et demie, enfin, une fausse note dans le couple ressemble à un déclencheur, mais l’intensité attendue d’une telle scène est minée de l’intérieur : le réalisateur nous a auparavant soigneusement préparés à ne pas nous laisser avoir par le pathétique mélo : il n’y a là rien de plus que des dialogues clichés, servis par des acteurs doués, et Mia a déjà joué sur le même registre, lors d’auditions, sans émouvoir le moins du monde les producteurs et réalisateurs des castings où elle se présentait. Le film nous raconte-t-il donc, pour une énième fois, la cruauté du rêve hollywoodien ? Difficile alors de venir après Mulholland Drive, de David Lynch sans apporter sur le sujet un discours ni une forme plus originaux que ça.

A moins que Chazelle ne nous dise que la fougueuse jeunesse de Hollywood n’existe plus. C’est peut-être le sens de la fin du film, inspirée par Un Américain à Paris de Vincente Minnelli, auquel elle fait d’ailleurs un clin d’œil explicite. A la faveur d’une ellipse, on retrouve Mia au sommet de la gloire professionnelle, que semble venir couronner la venue d’un enfant et l’équilibre dans le couple. Tout es figé, assagi, embourgeoisé, stéréotypé. La success story nous montre alors son envers : l’ambition individuelle a triomphé de l’amour ; le sacrifice de la complicité et de la solidarité amoureuse, et par là, de l’Autre, signifie la perte de la plus belle part de soi-même. Retrouvant Sebastian, Mia se rejoue le film à l’envers, dans un final musical qui est une plongée dans l’imaginaire. Ce n’est pas du George Gershwing, du Genne Kelly, ni du Vincente Minelli (et le spectateur qui a attendu en vain depuis deux heures qu’il se passe quelque chose peut avoir un mouvement de panique en s’apercevant que le film recommence !), mais la mélancolie donne enfin tout son sens au film.

2 réflexions sur “La La Land, Damien Chazelle, Etats-Unis, 2016

  1. Ah ouf! Heureuse de te lire! Merci de cette critique pointue. J’ai ete decue du film, et surtout de cette fin. Apres des envolées musicales et lyriques tout le long du film (et qq seances un peu ennuyeuses aussi), l’amour perd la bataille 😦 . Elle a finalement prefere une vie sage et rangée. Pour ma part, je ne me suis pas du tout attachee au personnage de Mia que j’ai trouve un peu plat, mais j’ai aime R.Gosling, qui veut realiser son reve et pour cela fait des concessions. J’ai adore la 1er scene sur l’autoroute!! Epoustouflante! Et la musique de ce film est magnifique.

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