Avec un retard de plus en plus socialement préjudiciable, Ryota, père divorcé quarantenaire, cherche encore sa voie. Joueur invétéré endetté et incapable de payer la pension alimentaire qu’il doit à son ex-femme, le personnage survit en exerçant de façon peu intègre le métier de détective privé, prétendant que ce travail alimentaire lui permet de se consacrer à son roman.

Le personnage est dépeint avec une ironie tendre : la vantardise de Ryota, sa misogynie ordinaire, ses combines finissent toujours par lui revenir à la figure. Pourtant, son refus de la réalité, son attachement enfantin à son rêve littéraire et sa tentative de retrouver la femme et le fils que ses inconséquences lui ont fait perdre le rendent touchant et le préservent du pathétique qui le guette.

Mais, tout comme les adultes ne peuvent pas vivre uniquement d’amour, le sens de l’existence ne saurait se trouver dans les petites phrases cliché que Ryota récolte naïvement pour son roman ; au contraire, la vérité se dérobe dès qu’on l’approche, tout semble réversible : aussi, les maris trompés qui font appel au détective privé se retrouvent-ils piégés à leur tour pour leur infidélité. Les difficultés de Ryota ne seront pas résolues non plus par les dialogues nocturnes émouvants de la fin du film, qui réunit les personnages principaux dans l’espace rétréci de l’appartement maternel, le temps d’un typhon, puis, plus symbolique encore de la régression vers le ventre de la mère, dans les arcanes d’un terrain de jeu d’enfants. Pourtant, la nostalgie n’est pas vaine non plus et le détour par les figures du passé permet d’avancer.

Comme dans Tel Père tel fils, son précédent long-métrage, le réalisateur interroge les fondements de la famille japonaise face à la modernité. Ici, on entrevoit que la liberté féminine se paie chère, mais gagne du terrain, dans une société traditionnellement machiste. Comme dans Nobody knows, encore, film déjà plus ancien, la mise en scène discrète nous immisce dans un Japon humble qu’on a peu l’habitude de voir. Sur un mode plus léger que dans Still Walking, enfin, Hirokazu Kore-Eda, creuse les thématiques du deuil, de la réussite sociale et du poids de la filiation en reprenant les acteurs et les noms des personnages de son œuvre de 2008. Par le registre ironique, auquel participe pour une bonne part le personnage de la mère de Ryota, jamais dupe de ses enfants, se délectant de son récent veuvage avec une verve comique et une bonhomie réjouissante, Hirokazu Kore-Eda réussit un film doux et profond, dont la saveur particulière infuse sur la longueur, comme les plats préparés par son merveilleux personnage de grand-mère : un film qui pose des questions mais ne donne pas de réponses toutes faites, à l’image de cette fin ouverte, qui permet au spectateur de décider lui même vers quoi s’avance Ryota, avec pessimisme ou optimisme.

 

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