Tout dans L’Amant d’un jour porte la signature de Philippe Garrel.

Le noir et blanc lumineux, qui accueille dans des plans longs, souvent fixes, les corps des personnages, enfermés dans d’étroits appartements et dans la verticalité de la ville, menacée de délabrement ; noir et blanc qui sublime l’éclat graphique de la carnation des visages des belles actrices – Louise Chevillote et Esther Garrel, ici.

La voix off et les dialogues littéraires, qui, avec ces corps, et sans souci de réalisme, jouent toute la partition du film : l’absolu du sentiment amoureux et son lot de souffrances, parfois suicidaires, quand le désamour, l’infidélité et la jalousie s’en mêlent.

Le trio de personnages, presque marivaudien et la réitération des situations et des décors, s’entrecroisant autour d’une respiration musicale et chorégraphique.

Enfin, l’atmosphère chargée d’échos autobiographiques et cinématographiques de la Nouvelle Vague : on pense à Cléo de 5 à 7 de Varda et à Adieu Philippine de Rozier, pour l’attention sensible portée aux jeunes filles, à l’aube de l’âge adulte : des films dont Garrel cite aussi la référence à la guerre d’Algérie. On songe à Rohmer et Eustache, pour les dialogues qui dévident les fils de la morale ou de la souffrance relatifs à l’infidélité.

Pourtant, ce film de Garrel, avantageusement court, semble s’être délesté aussi de certaines obsessions. La vision masculine de l’amour et des femmes disparaît, pulvérisée par l’intensité de la souffrance, comme le figure cette séquence mêlant l’ironie et le pathétique, où s’amorce entre deux hommes un dialogue stéréotypé aux accents machistes, et qui se brise en son milieu.

A l’inverse, ce sont les femmes qui délivrent des sentences généralisatrices sur les hommes. Mais les agressions de ces dernières sont moins des actes « égoïstes » – comme le dit Gilles d’Ariane – que l’effet d’une adolescence dans le défi et sur la défensive, pleine de sa toute puissance, autant que du manque de confiance en soi, comme l’incarnent les deux héroïnes.

Ces jeunes filles, Dom Juan amoureuse et amante délaissée faussaire, refusant le risque de devenir des victimes de l’abandon, de l’infidélité, de l’exploitation pornographique, prennent les devants, dans des démarches aussi volontairement assumées qu’aveuglément ordaliques.

Ce romantisme au féminin régénère le cinéma de Garrel, qui réussit à faire la synthèse entre hier et aujourd’hui : la jeunesse soixante-huitarde et celle de 2017 – la génération de Philippe et celle d’Esther ? –, et régénère le romantisme-même.

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