Contraint par les codes, le film de genre brille dans leur détournement, par son originalité dans les marges de liberté que lui laissent ces règles, dans l’hybridation d’une pluralité de genres différents. Aucune chose que ne réussissent vraiment Le Caire confidentiel et Tom of Finland.

Rien ne permet de rapprocher ces deux films, sinon qu’ils sont tous deux sortis en France en été 2017, que l’Allemagne, le Danemark et la Suède s’en partagent la production, que les deux films sont entièrement bâtis sur un personnage masculin omniprésent et remarquablement incarné par leur interprète – Tarik Saleh, Pekka Strang – , que ce sont deux films de genre enfin, un polar oriental pour le premier, un biopic occidental pour le second.

La toile de fond du film policier de Saleh est pourtant d’un exotisme formellement réjouissant : la densité urbaine du Caire, l’aspect nocturne d’une grande partie du film, rendu par les teintes ocres et violacées et figurant une atmosphère crépusculaire et corrompue de la ville, la voix bouleversante des chanteuses égyptiennes sont les éléments les plus réussis de cette œuvre. Pourtant, l’exercice de style manque de force, tant la présence des invariants du polar se succèdent avec une rigueur presque scolaire : la personnalité trouble du héros – ripoux, fumeur et buveur invétéré – la femme fatale, sont les marionnettes d’un scénario sans surprise. Ainsi, ce qui aurait pu faire la force du film : la dénonciation de l’état de décomposition de la société, vu au prisme de la corruption généralisée de la police cairote, ne devient qu’un élément « obligé » de plus dans le cahier des charges du scénario noir. La tension politique du printemps arabe et des événements de la place Tahrir, qui sourd en arrière-plan, ne tient pas non plus sa promesse symbolique tant elle est peu utilisée et n’apparaît in fine que comme le décor presque folklorique du dénouement tragique .

De même, les passages obligés du biopic de Karukoski : flash-back, vieillissement des personnages, étapes de l’anonymat à la reconnaissance, disparition des êtres chers, scène clé qui expliquerait tout, lassent le spectateur. Pourtant, l’originalité du sujet : la personnalité politiquement incorrecte de Finland, la thématique des droits des gays, celle du surprenant dépassement de la fiction par la réalité – Tom confronté, à son arrivée aux États-Unis, à une société entièrement issue de son imaginaire de dessinateur – avaient de quoi séduire. Mais les ambiguïtés du personnage et l’aspect pornographique de ses dessins sont tellement gommés par la mise en scène – la présence de sexe masculin à l’écran est soigneusement évitée, ce qui rend difficile la représentation même des dessins de l’auteur – que le film peine à décoller de la plate illustration biographique.

Ces deux films ne sont cependant pas entièrement ratés, quelque chose d’intéressant subsiste en chacun d’eux, qui peut suffire au cinéphile cherchant la qualité dans une programmation cinématographique estivale ou télévisuelle qui en sont avares.

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